dimanche 19 mai 2013

Ce qui change vraiment dans "la chaine traditionnelle du livre"

Un étudiant m'interroge notamment sur le point suivant : "À votre avis, quels sont les trois changements les plus marquants qu’a entraîné le développement de l’édition numérique dans la chaîne traditionnelle du livre ?"
Cette question m'a incité à réfléchir sur les changements profonds, ce qui monte et lentement prend forme derrière l'éphémère de l'actualité, le flux et le buzz.
Voici donc ma réponse : 

1 — Un début de réactions aux abus de position dominante d’un certain nombre d’éditeurs contrôlant et régulant le marché du livre par une mainmise sur la diffusion.
A tous les niveaux l’édition numérique permet en effet l’exercice d’une autonomie plus grande et, au moins illusoirement, un accès plus facile aux marchés potentiels. Des auteurs, avec l’autoédition, aux lecteurs avec des formes de partage ou de « piratage », en passant par les éditeurs avec le recours croissant à la vente directe… D’où actuellement des tensions interprofessionnelles de plus en plus fortes, un accroissement du lobbying (
en voir par exemple un résultat récent ici !), de nouvelles offres de formations initiales et continues (voir par exemple l’ESTEN), l’émergence d’une édition pure-player (voir ici) et d’incubateurs dédiés (exemple), et aussi la montée de nouvelles formes de contestation chez des auteurs (Collectif Le Droit du serf).

2 — Une attractivité renouvelée de la lecture notamment auprès des jeunes lectorats et/ou de leurs prescripteurs naturels (parents et enseignants) via les "livres" applications (lesquels produits cependant ne sont pas viables je pense à court terme pour l’édition pure-player, et avec l’évolution des nouveaux dispositifs de lecture pourraient connaitre le sort des encyclopédies et autres sur Cédéroms…).

3 — L’émergence des lecteurs en tant que groupe social au même titre que les consommateurs d’autres biens, avec des droits légitimes (
voir ici) et développant des stratégies de contournement et de consommation solidaire en réponse aux abus du marché (voir ici).