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vendredi 4 avril 2025

Bibliocène Bibliocène Bibliocène

Astronaute ou fictionaute
Le Bibliocène pourrait être un nouveau concept que nous forgerions ensemble pour combattre l'asservissement mental dans lequel nous entretiennent les faux prophètes de l'effondrement et de l'anthropocène. 

Ce serait un concept forgé pour nous libérer de l'imaginaire apocalyptique et du flux des récits dystopiques.

Le Bibliocène est pour moi, depuis quelques années maintenant, une proposition pour interroger et repenser en commun la double métaphore du monde comme livre (à lire, à interpréter, à écrire aussi...), et, des livres comme mondes possibles (à imaginer, à anticiper, à construire ensemble...)

Le Bibliocène se veut ainsi un espace virtuel d'échanges et de rencontres pour débattre tous ensemble de la liberté d'esprit et de l'émancipation des lectrices et des lecteurs.
Au-delà la question importante des nouveaux droits des lectrices et des lecteurs face à la nouvelle donne de l'édition numérique et des intelligences artificielles, c'est la possibilité d'un autre point de vue sur notre rapport au futur.
Un point de vue de lectrices et de lecteurs habitués, par la pratique de leurs lectures de fictions littéraires, à voyager virtuellement dans d'autres mondes, à entraîner leur fictionaute à expérimenter autrement son rapport au réel.

Au sein de notre espèce animale il y a une transmission génétique, mais il y a également une transmission sémiotique, c'est-à-dire qui relève des signes et de leurs significations, et qui passe par le langage, lequel est la matrice de notre perception du monde, à la fois ce par quoi nous communiquons entre nous, et ce avec quoi nous pensons, et par le truchement duquel nous avons deux modalités d’expression : l’oral et l’écrit, et deux points de vue pour en rendre compte : le récit évolutionniste, et, le récit créationniste.
Mais quelles lectures en faisons-nous ?
Ce sont là les principales raisons pour lesquelles l'idée d'un Bibliocène est toujours présente dans chacune de mes conférences et autres interventions.

lundi 17 mars 2025

Exploration des zones subliminaires de la lecture de fictions

Virginia Woolf
Nouvelle confirmation hier soir que les fleurs champêtres et les fictions littéraires apportent parfois de subtils témoignages relevant de métalepses narratives, de passages à l'intérieur du récit d'un monde à un autre.
Il y a quelques années déjà j'avais relevé un premier cas chez Virginia Woolf : « Voici un poème où il est question d’une haie. Je vais flâner le long de cette haie, et cueillir des fleurs : de vertes belles-de-jour, et des aubépines couleur de clair de lune, des églantines, et de sinueuses branches de lierre. Je vais les tenir ferme entre mes mains, et les déposer sur la surface luisante du pupitre. » (Les Vagues, traduit de l'anglais par Marguerite Yourcenar) ; je viens d'en découvrir un autre dans un roman de 2010 de la romancière russe Olga Slavnikova : « Mais l’événement le plus curieux du mariage, ce fut que pépé Valéra vint y assister. Il apparut doucement en se matérialisant comme une tache sombre d’humidité sur un tissu, dans la bande de lumière pâle qui entrait par la fenêtre, et alla se placer en toute discrétion dans le dos des témoins. Cette fois-ci, il portait son costume à rayures, le plus beau de sa vie, et un bouquet herbeux de campanules sauvages, qu’il avait cueillies on ne sait où en cette fin d’automne. Plus tard, au restaurant où ils allèrent festoyer, ces fleurs flétries et humides, qui se fanaient à toute vitesse dans l’air brutal de la réalité, se retrouvèrent parmi les bouquets que Lucie avait posés sur le rebord de la fenêtre, mais elle ne parvint jamais à se rappeler qui les lui avait offertes. » (La Tête légère, traduit du russe par Raphaëlle Pache). 
   
Plus proches de ce que nous pouvons vivre dans nos vies quotidiennes je trouve de tels exemples bien plus subtils pour nous sensibiliser aux zones subliminaires entre fictions et réalité que nombre d'ouvrages de SF.
Qu'en pensez-vous ? Avez-vous d'autres exemples que les deux que je cite ici ?
Je peux toujours, si vous le souhaitez, venir vous parler (conférences, séminaires, cours...) de l'exploration de ces zones (thème de mon essai Terres de fiction paru en 2024).

jeudi 13 février 2025

Intuitions...

Peinture de Paul Cézanne
Depuis quelques mois je cherchais à comprendre ce que l’anthropologue Barbara Glowczewski avait voulu dire dans son ouvrage Les Rêveurs du Désert, consacré au peuple Warlpiri d’Australie, lorsqu’elle y écrivait ceci : « Les mots sont en quelque sorte garants de ce que le réel est déjà dans l’image ». Elle précise dans la foulée : « les kangourous peuvent exister seulement parce que, en disant « kangourou », on perçoit des images correspondantes qui permettent de reconnaître les diverses formes et substances qui donnent sens à ce mot. Mais à l’inverse, sans un mouvement qui anime les images, les noms ne pourraient se matérialiser. »
 
Hier, à l’écoute de l’une des séances du séminaire de Georges Didi-Huberman au CEHTA (Centre d'Histoire et de Théorie des Arts), consacré au thème "L'ange de l'histoire", j’ai peut-être eu une réponse.
Georges Didi-Huberman y citait un extrait du Journal de Moscou de Walter Benjamin dans lequel ce dernier écrivit ceci : « devant un tableau extraordinairement beau de Cézanne je me suis rendu compte à quel point est faux le discours sur l’empathie. [c’est-à-dire, explicite Didi-Huberman, l’idée que l’on va en quelque sorte régler son émotion sur ce qu’il se passe dans le tableau] Il m’a semblé, dans la mesure où on saisit un tableau, qu’on ne pénètre absolument pas dans son espace ; c’est bien plutôt cet espace qui se porte en avant. D’abord à différents endroits bien précis, il s’ouvre à nous dans les angles et les coins où nous croyons pouvoir localiser des expériences très importantes du passé. Il y a quelque chose d’inexplicablement connu à ces endroits. »
J’ai trouvé sur le web une traduction un peu différente de ce passage originellement en allemand : « Devant un tableau extraordinairement beau de Cézanne, je me suis rendu compte à quel point est faux, déjà linguistiquement, le discours sur l’« intuition ». Il m’a semblé, dans la mesure où on saisit un tableau, qu’on ne pénètre absolument pas dans son espace ; bien plutôt cet espace se porte en avant [...] »

En fait, dans la lecture immersive d’une fiction littéraire, ce ne serait donc pas alors la lectrice ou le lecteur qui projetteraient dans le monde fictionnel du texte l’instance psychique (ou angélique) que j’ai nommée fictionaute, mais, de par le phénomène même de la lecture, qu’elle soit à haute voix ou silencieuse, comme une déferlante qui, de l’image propulsée par les mots, se porterait en avant et emporterait avec elle, ravirait, la part sensible de la lectrice ou du lecteur, son fictionaute, l’entraînant dans le monde imaginaire de la fiction lue.
Ainsi, nous ne réglerions pas notre émotion sur ce qu’il se passe dans l’histoire que nous lisons, mais ce seraient les images mentales contenues dans les mots que nous lisons qui nous fascineraient en ravivant en nous l’écho d’expériences vécues de notre passé. Nous avons l’impression de pouvoir retrouver en arrière-fond du texte « quelque chose d’inexplicablement connu ».

Ce que nous appelons lecture serait cette espèce d’émulation, de rivalité au sein même du langage entre les mots et les images (« les mots surgissant pour dire ce qui ne peut être montré et les images apparaissant pour donner forme à ce qui ne peut être dit », comme l’exprimait Annie Le Brun dans un entretien de 2024 pour Le Matricule des Anges).
Lire serait une façon de rêver le réel à partir de mots, comme rêver serait une façon de le lire à partir d’images.
 
[Illustration : Le pont de l'île Machefer à Saint-Maur-des-Fossés, par Paul Cézanne, dont il serait question dans le texte de Benjamin...] 
N.B. je suis à votre écoute si mes travaux sur le concept opérationnel de fictionaute vous intéressent.
 

dimanche 2 février 2025

L'Ange de la Lecture

Angelus novus
Angelus novus
L’Ange était là avant, bien avant que je prenne conscience de sa présence. Plusieurs décennies de lecture et des centaines de romans dévorés, plusieurs années à réfléchir à ce qu’il se passait quand j’avais l’impression de passer dans le monde imaginaire d’un livre, pour que je prenne enfin conscience de la part angélique de mon fictionaute, ce que chacune et chacun de nous projette dans les fictions, et pour qu’il se révèle ange de la lecture.
 
Le célèbre Angelus novus, le Nouvel Ange, porté au monde en 1920 par Paul Klee, puis en 1940 transporté par la pensée de Walter Benjamin en ange de l’histoire (« Il existe, écrit Benjamin, un tableau de Klee qui s'intitule Angelus novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s'éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourné vers le passé. »), m’a révélé la dimension angélique qui passe de moi au livre quand je lis un livre.
 
Cet ange-là, l’Ange de la Lecture, est invisible. Mais à force de le fréquenter je suis parvenu à le connaître un peu, à reconnaître quelques signes par lesquels il se révèle. Et aujourd’hui je suis désireux de partager ces connaissances que j’ai acquises.
Je suis à votre écoute si vous voulez entrer en contact avec cet Ange de la Lecture. Je suis dans l’attente de votre attention. En vérité, à force d’être dans l’attente, j’ai l’impression de faire continuellement du camping, d’être psychiquement dans la vacance d’un domicile fixe d’un livre à l’autre, d’une rive à l’autre. Heureusement qu’il y a l’ange...

vendredi 31 janvier 2025

MÉTAFICTION : UNE EXPÉRIENCE DE PENSÉE SUR LA LECTURE IMMERSIVE !

En 2022 je me suis projeté dans un roman emblématique du XXe siècle : La Montagne magique de Thomas Mann.
Comment ai-je procédé pour cette expérience de pensée de projection de mon fictionaute* ?

A raison d’un texte par semaine, alternant fiction pure, où je devenais le narrateur du roman que je relisais, et, making-of où j’exprimais mes doutes, mes interrogations et mes difficultés, je me suis lancé dans une sorte de "réécriture" décalée de certains chapitres du roman de Thomas Mann en m’y projetant comme un personnage supplémentaire.
Je me suis imaginé arrivant la veille de l’arrivée du personnage principal. Comme un joueur de jeu vidéo je me suis inséré dans le scénario, essayant de m’imposer dans l’histoire en tant que résident à part entière du sanatorium où l’action se déroule.
Durant l’été 2024 j’ai entièrement revu et corrigé le journal de bord de cette expérience. 
Contactez-moi si cela vous intéresse !
 
*  Fictionaute (nom masculin ou féminin) mot hybride : du latin fictio, invention fabuleuse, et du grec nautês, navigateur. Voyageur, explorateur dans des fictions.
[Illustration : film Solaris de 1972 d'Andreï Tarkovsky]

dimanche 8 septembre 2024

Rendez-vous avec votre Fictionaute !

Nous avons RDV à la Bibliothèque Mohammed Arkoun de la Ville de Paris, le 20 septembre 2024 (74 rue Mouffetard - Paris 5e - Gratuit sur inscription à : bibliotheque.mohammed-arkoun@paris.fr

mercredi 28 février 2024

Parution de Terres de Fiction

Lorenzo Soccavo in Viabooks
Mon essai "Terres de fiction : de quel côté du miroir sommes-nous ?" est paru le 08 février dernier aux éditions Bozon2X (Diffusion CEDIF - Distribution POLLEN).
Vous pouvez en avoir une présentation rapide ainsi que le sommaire sur le site de la recherche en littérature Fabula ; et sous un autre angle : « Nous sommes les jardiniers des textes que nous lisons » sur Viabooks -Le Meilleur des Livres et des Auteurs...
N'hésitez pas à me contacter directement si vous souhaitez que je vienne vous le présenter et / ou en lire des extraits...

lundi 15 janvier 2024

Bientôt des Terres de Fiction...

Terres de fiction par Lorenzo Soccavo

Le 08 février 2024 paraîtra aux éditions belges Bozon2X mon premier essai sur mes recherches en littérature comparée et lecture de fictions littéraires. Titré : Terres de fiction, et sous-titré : De quel côté du miroir sommes-nous? il devrait être le premier volume d'une trilogie.
L'entretien que j'ai donné pour son lancement vous éclairera sur ces points (Six questions à Lorenzo Soccavo...)
A partir de sa parution le blog Lire et Dé-lire sera son blog-compagnon.
Ci-après le dossier de presse :

A bientôt alors ? Je suis à votre écoute...

vendredi 29 décembre 2023

2024 Dans le Passage ?

Passage des Patriarches, rue Mouffetard, 5ème arrondissement, Paris  Atget, Eugène (Jean Eugène Auguste Atget, dit) , Photographe   Musée Carnavalet, Histoire de Paris  PH3760  CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Passage des Patriarches - E. Atget
Je ne sais pas pour vous, mais moi je me suis plusieurs fois volontairement rendu dans ce que nous appelons "la réalité" à des endroits qui étaient par ailleurs des lieux d’importance dans telle ou telle fiction, et je me suis toujours retrouvé Gros-Jean comme devant.
Que se passe-t-il, par exemple, lorsque je remonte et redescends plusieurs fois de suite la rue de la maison d’enfance de Georges Perec, alors que ni la maison ni la rue Vilin n’existent plus et qu’elles ne figurent plus aujourd’hui qu’à l’état de traces dans le Parc de Belleville ? Que se passe-t-il lorsque je me rends à la pointe de l’Île Saint-Louis à la place Louis Aragon, là où Cortázar situe l’action de la nouvelle qui inspirera Antonioni pour son film Blow up ? Que se passe-t-il lorsque je parcours désemparé le Passage des Patriarches, y cherchant le numéro 37 du roman de René Daumal Le Mont Analogue, alors que dans la réalité la voie n’en compte que dix-neuf ? Et je pourrais multiplier les exemples ! En apparence il ne se passe rien. Rien : il n’y a pas de numéro 37 à Paris au Passage des Patriarches. Et, tout compte fait, c’est cela sans doute, ce rien, ce que nous appelons couramment : "la réalité". Mais pourtant...
Nous en reparlerons en détails en 2024...
Mais si vous sentez que vraiment vous ne pouvez pas attendre, alors suivez ce lien pour avoir quelques précisions sur le blog des éditions belges BOZON2X...
En attendant, je vous souhaite à toutes et à tous une bonne fin d'année et, promis, je vous donne rendez-vous l'an prochain dans le "pas-sage"...

samedi 28 octobre 2023

Une mystique du langage...

Trois livres dont les héros sont spécialistes des langues et du langage
Face à la mystification du langage qui altère notre perception du réel l’issue de secours serait-elle dans une échappée mystique ? Mythifier ce qui nous mystifie ou mystifier ce qui nous mythifie serait-il le chemin, la vérité et la vie ? Trois de mes lectures semblent nous ouvrir cette voie...

Les Noms, Don DeLillo
L’on commence à Athènes pour finalement mourir où ? Apparemment pour être mis à mort en un lieu auquel nous serions liés par un lien alphabétique discret.
Ce premier titre qui a pour nom : Les Noms, a fait émerger une drôle de question dans mon esprit : au terme du Procès de Kafka connaîtrions-nous l’initiale du lieu où K est tué : « "Comme un chien !" dit-il, et c’était comme si la honte dût lui survivre. » ? Et bien oui.
Kafka (lui-même d’initiale K) ne le dit pas explicitement à la fin de son plus célèbre roman, mais il précise bien que son personnage de K est exécuté dans : « Une petite carrière déserte et abandonnée », en allemand : une karriere, avec un K initial donc.
Langage et monde sont en corrélation et peuvent avoir ainsi partie liée dans notre destin. C’est cette vérité oubliée que des mystiques du langage, organisés en secte criminelle, font revivre dans ce roman énigmatique de Don DeLillo.

La Langue maternelle, Vassilis Alexakis
Dès son titre s’impose là une expression que je me garde quant à moi, me sauvegarde généralement d’employer, parlant plutôt en ce qui donc me concerne de langue natale, la langue maternelle étant pour moi celle de la maltraitance et de la disparition.
Mais justement il est bien question dans ce roman de Vassilis Alexakis d’une disparition, celle de la lettre E. Comme chez Georges Perec, oui.
On se souvient de La Disparition, tout un roman sans e, puis de W ou le Souvenir d’enfance dédicacé " pour E ".
Dans son film de 1992 : En remontant la rue Vilin, Robert Bober nous donne à voir, d’une part, la disparition du E comme étant prémonitoirement inscrite dans la transcription hébraïque du nom même de Perec, et, d’autre part, le fait étonnant que sur place, sur ce qui est aujourd’hui à Paris le Parc de Belleville, le tracé de la rue d’enfance de Perec, lui mort en 1982, elle, la rue, disparue en 1988 pour cause de réhabilitation urbaine, ce tracé dessine la lettre E en yiddish. Comme si le visible n’était que la manifestation de l’invisible.

Aussi dans le roman enquête de Vassilis Alexakis, tant la raison de la présence que celle de la disparition de l’epsilon – le E de l’alphabet grec, désignant étrangement par convention tacite une quantité négligeable précisément vouée à la disparition –, du fronton du temple d’Apollon à Delphes, là où la Pythie siégeait, tant sa présence que sa disparition demeure tout au long un mystère qu’avec le narrateur nous approchons sans toutefois parvenir à le déchiffrer.

Une étrange question se pose alors à moi : pourquoi à la fin de son roman Quatrevingt-treize (dans la graphie hugolienne), au moment de la disparition des héros de son livre, Victor Hugo apporte-t-il cette précision : « Les quatre mille hommes de la petite armée expéditionnaire étaient rangés en ordre de combat sur le plateau. Ils entouraient la guillotine de trois côtés, de façon à tracer autour d’elle, en plan géométral, la figure d’un E ; la batterie placée au centre de la plus grande ligne faisait le cran de l’E. », hasard ?

Épépé, Ferenc Karinthy
Celles et ceux qui ont lu ce kafkaïen roman de 1970 du hongrois Ferenc Karinthy, Épépé, y voient souvent un lien avec Un soir, un train, film d'André Delvaux de 1968, d'après la nouvelle du Flamand Johan Daisne, dont la traduction du titre original néerlandais serait Le train de l’inertie (ou de la lenteur).
Dans la nouvelle, insensiblement l’on franchit la limite entre la vie et la mort. La persistance des dernières pensées y engendre un temps d’une certaine durée dans un espace familier, mais dont nous ne comprenons plus la langue.
Dans le film, le réalisme magique opère par la grâce de l’image. L’incommunicabilité intergénérationnelle, intrafamiliale et au sein même du couple, la tension conflictuelle en Belgique où l’action se déroule, entre communautés française, flamande, et germanophone expriment savamment l’opacité foncière qui au quotidien nous met tous à l’épreuve, et qu’à son tour pour chacun l’épreuve de la mort questionne.

Dans le roman de Ferenc Karinthy nous nous retrouvons identifié à un homme qui par la suite d’une improbable erreur d’avion se retrouve lui à devoir vivre puis survivre dans une mégapole d’un aspect on ne peut plus banal, mondialisé, mais dont il ne comprend pas la langue et où personne ne le comprend, ni ne comprend aucune des langues, pourtant nombreuses, qu’il connaît.

Une nouvelle fois le dé-langage de l’extrême solitude auquel le protagoniste d’Épépé se confronte marque de fait, en-deça du mystère de la mort, je veux dire qu’il marque dans notre monde même de vivants, l’incommunicabilité foncière qui est notre lot commun, par défaut d’unité et d’abord d’unité avec soi-même.

Dans ces trois livres les héros malheureux sont des spécialistes des langues et du langage.
Les langues sont des inventions humaines. Le langage non.
J’ai l’impression que tout (la vie) (se) passe en fait comme si le langage en lui-même était la marque insistante du deuil d’un état antérieur : celui d’une humanité sans langage et que, dans nos langues, nous n’avons pas de mots pour exprimer sinon, peut-être, en inventant chacun pour soi sa propre mystique du langage.
 

dimanche 20 août 2023

Des Textes Gratuits qui interrogent la Lecture et les Fictions

Lorenzo Soccavo FuturHebdo
Découvrez de nouveaux textes en accès libre sur la lecture de fictions littéraires et ses enjeux pour le monde de demain.
D'abord, Dieu Chat et Souris... (sur les mystères du langage et de l'âme comme "espace narratif"...), dans le cadre du blog Lire et Dé-lire qui m'est ouvert depuis 2019 sur le site des éditions BOZON2X.
Puis, Corps de pixels et corps de lettres (sur le "corps lecteur" et le fantasme d’une fusion entre réalité et imaginaire...) dans le magazine de prospective FuturHebdo, texte de réflexions que j'avais écrit pour la saison 2 du Festival des Mondes Anticipés organisé à la Cité des Sciences et de l'Industrie de Paris en novembre 2022. 
   
Je suis à l'écoute de toutes et de tous pour débattre de ces sujets.
Vous pouvez accéder librement en suivant ce lien à une présentation de quelques exemples de mes conférences... Merci à vous...

mardi 20 juin 2023

Fiction du réel et réalités des fictions...

Quand je m'en tiens à la réalité c'est la réalité qui me tient. Fort de ce constat, que je n'ai pu formuler ainsi que récemment, j'ai depuis des décennies, d'abord à mon insu puis de plus en plus consciemment, élaboré une stratégie de survie faisant le pari d'une perméabilité entre réalités et fictions, une porosité potentiellement génératrice de zones intermédiaires entre réalités insupportables et fictions impossibles à vivre.
 
Mon texte récent : Nous n’aurons pas connu le réel..., publié sur le site des éditions belges Bozon2X explore ces formes de "magie-cités" qui pourraient faire enclaves dans le réel, notamment par les biais de Michelangelo Antonioni, Julio Cortázar et Jean Baudrillard. Qu'en pensez-vous ?

jeudi 18 mai 2023

Fiction, Anticipation, Prédiction et Prévision

Le langage, en substituant par ses stratégies narratives ses fictions au monde que nous sommes en capacité de percevoir sensoriellement et d'appréhender cognitivement, peut presque littéralement "tuer le temps".
Nous constatons régulièrement, à chaque catastrophe ou presque, qu'elle avait déjà été annoncée dans un roman.
Alors : la littérature peut-elle être prédictive, ou bien d'où nous vient cette impression qu'elle le serait ? 
  
Et si c'était Prévert qui avait raison lorsqu’il disait : « A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver. » ?
Certes, les dystopies nous permettent de penser l’impensable, mais si elles nous préparaient aussi à supporter l’insupportable ? Elles sont paradoxalement bienfaisantes et dangereuses. Mais s’il y a pléthore de récits catastrophistes c’est bien aussi parce que nous aimons en lire. Les mauvaises nouvelles retiennent davantage notre attention, tout comme nous mémorisons plus facilement les fausses que leurs rectificatifs. Mais pourquoi ?
En mettant à jour, à travers des exemples nombreux et précis, les mécanismes des effets de réel et de pensée qui entrent en jeu dans les fictions que nous lisons nous pouvons mieux comprendre comment déjouer les pouvoirs de l'écrit et aussi comment nous pourrions mieux utiliser la fiction pour prévoir et anticiper.
Si cette approche vous intéresse pour une raison ou une autre parlons-en pour l'adapter à votre contexte et à vos objectifs. Je suis à votre écoute...

jeudi 20 avril 2023

La Lecture et ses Futurs

Une rapide présentation synthétique de sept propositions de conférences en lien direct avec mes recherches. N’hésitez pas à me contacter directement si vous êtes intéressés...  

dimanche 16 avril 2023

Démasquer (ce) qui lit en nous...

 Ne prendre ni les mots ni les images pour des idées : lit concerne ici la lecture... 

 

Pour ce printemps 2023, en attendant des actus plus chaudes, une rapide présentation de 7 axes d'attaque pour démasquer (ce) qui lit en nous quand nous lisons une fiction littéraire... A découvrir sur LinkedIn...

vendredi 7 avril 2023

Fictions littéraires et lecture immersive

C'est l'incipit de la Légende de Saint Julien l'Hospitalier, le deuxième des Trois Contes de Flaubert : "Le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d'une colline." qui dès sa première lecture, il y a des années, me fit venir à l'esprit cette expression, cette réflexion : Lire c’est aller habiter l'autre versant de la colline.
 

Mes travaux portent sur ce déplacement, "aller habiter l'autre versant de la colline", ce que j’appelle : le voyage intérieur des lectrices et des lecteurs de fictions littéraires. Ils interrogent le mirage linguistique formulé à la fin des années 1930 par Sapir et Whorf pour lesquels la façon dont nous percevons le monde dépendrait du langage que nous utilisons pour le décrire.
Wittgenstein l’avait formulé ainsi dans son Tractatus logico-philosophicus de 1921 : « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. ».
 

Je m'interroge : serait-il alors possible de détourner contre le langage sa propre puissance démiurgique pour utiliser ses forces au service de notre émancipation intellectuelle ?
Les récents développements des générateurs textuels ChatGPT nous ouvrent de nouveaux horizons, à la fois sur ce qui relève de la malléabilité et de la programmation linguistiques.
Conférences, séminaires, débats et tables rondes sur ces questions sont à mon avis indispensables pour prendre le recul nécessaire avec une réflexion collective et émancipatrice.
Vous vous sentez concernés, motivés, impliqués ?
Je suis à votre écoute, je suis à votre service.

jeudi 16 mars 2023

Des Allégories de la Lecture...

Des livres, dans le sens de "des lectures", peuvent être des allégories de... la lecture, de ce qui est en jeu lors de notre lecture d'une fiction littéraire.

Cette espèce de métonymie, cette espèce d'espace de la métonymie (dire "des livres" pour dire "des lectures") peut, doit nous interroger, car elle a "à voir" avec notre espace intérieur de lecteur ou de lectrice. Elle nous donne à voir aussi car il y a un réel qui se donne dans les mots.

J'ai eu récemment le plaisir d'intervenir sur ce thème pour une conférence publique à l'invitation de la bibliothèque Mohammed Arkoun de la Ville de Paris.
Mais de nombreuses voies sont possibles pour partir à la découverte des mystères et des bienfaits de la lecture, et pour progresser dans notre compréhension des rapports subtils entre fiction et réalité.
 
Ces réflexions sur la lecture immersive, le sentiment de "traversée du miroir" par les lectrices et les lecteurs de romans, peuvent s'entreprendre, par exemple, à partir de l'oeuvre et de la vie de Stendhal, ou bien, à partir de la dimension chamanique de Marcel Proust et de sa Recherche (j'ai plusieurs fois eu le bonheur d'intervenir dans cette perspective...).
Le roman posthume et inachevé Le Mont analogue de René Daumal peut être lu, et donc présenté à un public, comme une allégorie de la lecture. Probablement aussi Mardi de Herman Melville. Tout comme Le Jeu des perles de verre de Hermann Hesse. D'autres encore...
Au 15e siècle, par exemple, des représentations (donc des lectures) de l'Annonciation prirent la forme étrange de chasses mystiques à la licorne, ou bien d'une Annonciation sans annonciateur visible.
Elles aussi étaient en vérité des allégories de la lecture et peuvent donner lieu à des présentations richement illustrées.
 
Cette multiplicité d'approches possibles pour élucider notre nécessaire travail d'interprétation des textes et de ce que nous projetons de nous dans leurs mondes fictionnels permet une grande variété et une grande souplesse d'approches, d'une vulgarisation au grand public à des auditoires plus avertis des enjeux de la narration et des effets de la mise en récits du monde.

Mais vous vous demandez peut-être encore pourquoi travailler ainsi à une meilleure prise de conscience de nos lectures ? 
 
Au moins pour deux raisons :
- La première, parce que les environnements et les situations dans lesquels nous nous immergeons quand nous sommes plongés dans la lecture d'un roman peuvent agir comme des "bacs à sable", des "bancs d'essai", des modélisations, des laboratoires... Nos lectures peuvent nous aider, dans le sens où la littérature nous ouvre à la possibilité d'un dialogue avec d'autres instances psychiques que nos habituels interlocuteurs humains (anthropomorphes les personnages de fictions sont autres pourtant...).
- Ensuite et corollairement, parce que la fiction peut nous donner accès à d'autres déclinaisons du réel.
 
N'hésitez pas à me contacter si ces questions autour de la lecture et de ses enjeux vous intéressent...


lundi 6 mars 2023

La Lecture est un voyage

Chercheur en littérature à Paris, rattaché au séminaire "Ethiques et Mythes de la Création" auprès de l'institut Charles Cros, je travaille depuis des années sur la lecture immersive, le sentiment de "traversée du miroir" par les lecteurs et les lectrices de romans.
Pour ce faire j'ai inventé le concept opérationnel de "fictionaute", que je définis comme : ce que nous projetons de nous dans le monde de la fiction et de ses personnages quand nous lisons un roman.
J'expérimente ce concept dans des expériences de pensée.
L’expression "expériences de pensée" désigne des expérimentations qui ne peuvent pas se dérouler dans l’univers physique parce qu'il est impossible de les réaliser dans le monde matériel. Soit parce qu’elles visent à l’observation ou à la modification d’un état intérieur, soit parce que leurs objets d’étude se situent dans un monde spéculatif. Ce peut être le cas, par exemple, en mathématiques, en physique, en philosophie... C’est le cas aussi en littérature pour ce qui relève de notre immersion dans des mondes fictionnels.
Je vous propose une rencontre conférence-débat gratuite pour échanger sur ce thème (je vous expliquerai certaines de mes expériences...) le vendredi 10 mars 2023 à 19H00 à la Bibliothèque Mohammed Arkoun de la Ville de Paris (infos pratiques dans la photo ci-dessous) :  

Pour Infos - Réservations gratuites suivre ce lien...

lundi 27 février 2023

La Lecture comme Laboratoire du Réel

Bonjour ! Retrouvez moi ce dimanche 5 mars 2023 à 16H00 pour une conférence en visio dans le métavers 2D GatherTown de François Vanhille, dans le cadre du Salon Numérique du Livre Auto-édité. Je ne vous y parlerai pas d'autoédition mais je partagerai avec vous une de mes expériences de pensée les plus intimes sur la lecture immersive, l'autre versant des fictions littéraires comme laboratoires du réel...
  

 

jeudi 26 janvier 2023

Mes Chroniques Martiennes...

Avec l'espoir fou de précipiter l'arrivée du printemps j'interviendrai au 1er Salon numérique du Livre auto-édité dans le Métavers Gather Town le 5 mars 2023 (16H00) pour une conférence-échanges sur le thème “Lecture et traversée du miroir”, puis à la Bibliothèque Mohammed Arkoun (Paris, 5e) pour une conférence-débat sur la lecture immersive le 10 mars 2023 (19H00). Plus de précisions courant février...

Lorenzo Soccavo Conference Lecture 2023
Sur Paris.fr...