samedi 9 mars 2019

Passer de l'Autre Coté du Miroir...

Passer de l'Autre Coté du Miroir... Ce pourrait être la définition de lire, dès lors qu'il s'agit de lire une fiction littéraire.
Mais, pour mieux saisir cet instant et sa portée, quelle métaphore visuelle à faculté germinative pourrions-nous substituer à cette expérience singulière de déplacement d'un monde (réel) à un autre monde (fictionnel), que vivent mentalement et spontanément les lectrices et les lecteurs, ce afin d'en favoriser la prise de conscience ?
Une réponse m'est peut-être venue en rapprochant la lecture d'un roman, Le guépard (1958) de Giuseppe Tomasi Di Lampedusa, de son adaptation cinématographique éponyme par Luchino Visconti (Palme d'or au Festival de Cannes 1963). 

La scène retenue :
C'est l'une des dernières scènes du film. Nous sommes vers la fin du grand bal au palais Ponteleone, vers les six heures du matin. Moralement épuisé et sentant l'heure de sa mort approcher le prince Fabrizio Corbera de Salina s'isole un instant dans un cabinet du palais.
Nous le voyons d'abord se regarder de face dans une glace (photo du haut), puis scruter de près son visage comme un livre grand ouvert et ce faisant reflété dans une autre glace sur le mur du fond de la pièce (photo du milieu). Lorsqu'il quitte ensuite lentement la pièce, à la fois il semble venir vers nous, et, en même temps, il semble, de dos dans la glace du fond, s'éloigner de nous.  
Tout au long du film nous pouvons remarquer de nombreux jeux de miroirs. La récurrence de ces effets renforce l'idée qu'ils font sens dans cette oeuvre et par rapport à l'adaptation du roman original.

Pourquoi avoir retenu cette scène ?
Parce que, d'une part, elle ne figure pas dans le roman, mais que, d'autre part, l'image filmique supplée ici en la donnant à voir à ce que la lecture aurait naturellement engendré comme image animée dans l’espace mental de la lectrice ou du lecteur de la fiction littéraire.



Les questions que cela pose
Dans quelle mesure ce double mouvement de la troisième photo pourrait-il jouer comme une métaphore de l'étrange translation que la fiction opère ?
Dans quelle mesure le déplacement ici observable (entrer dans la pièce [prendre le livre], venir se positionner face au miroir [ouvrir le livre], quitter la pièce [entrer dans la lecture du livre]...) pourrait-il exprimer également l'expérience singulière de la lecture du roman de Giuseppe Tomasi Di Lampedusa ?

N'hésitez pas à proposer en commentaires ou par messages privés d'autres métaphores visuelles du déplacement des lectrices et des lecteurs du monde réel à d'autres mondes fictionnels.

1 commentaire:

  1. En complément : "Sans doute a-t-on rangé la chambre, et a-t-on placé le couvercle sur sa boîte comme il convient. Et ils forment à présent ensemble le concept : boîte, boîte ronde plus exactement, un concept simple et très répandu. Il me semble me rappeler qu’elles doivent être sur la cheminée ces deux parties qui composent la boîte. Oui, elles sont même devant la glace, de sorte qu’il se forme une seconde boîte qui ressemble à s’y méprendre à la première, mais qui est imaginaire. Une boîte à laquelle nous n’attribuons aucune valeur, mais dont un singe par exemple voudrait se saisir. C’est vrai : ce seraient même deux singes, car le singe aussi serait double, aussitôt qu’il serait arrivé au rebord de la cheminée. Eh bien donc, c’est le couvercle de cette boîte qui m’en veut." Rainer Maria Rilke - LES CAHIERS DE MALTE LAURIDS BRIGGE

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