dimanche 8 novembre 2009

Mais n'éprouvez-vous rien monsieur Soccavo ?

" La mutation du livre et de son marché s'accélère, il va y avoir du grabuge, c'est maintenant évident, le ton monte, "vos oreilles sifflent" comme on dit familièrement, et vous ne dites rien. Vous n'éprouvez rien ?
- Si. Bien évidemment. Je ne peux ignorer que l'on parle de moi, parfois, comme d'un "évangélisateur", un "insider", et que, parfois, l'on écoute ce que j'ai à dire. Mais le plus sidérant est cet ostracisme méprisant de ceux qui font tourner les manèges de l'édition. Ils savent, comme je le sais, qu'il va y avoir, en effet, des disparitions. Accidents ou suicides ? Il ne sera pas facile de faire la part des choses et des responsabilités.
- Vous aurez votre part de responsabilité.
- Certes. Une nouvelle fois : cela est évident. Aussi j'éprouve bien un sentiment sur toutes ces choses qui se jouent actuellement. En ce moment même. Un sentiment bizarre. Etrange. "Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C'est un sentiment si complet, si égoïste que j'en ai presque honte alors que la tristesse m'a toujours paru honorable." Nonobstant, c'est bien, et vous le voyez bien, sans chercher aucunement à m'absoudre, un sentiment de l'ordre de celui que définit la jeune Cécile dans le sublime Bonjour tristesse, de Françoise Sagan, que j'éprouve aujourd'hui face à tout cela : bonjour tristesse..."