lundi 4 mai 2015

Vers une non-machine à voyager dans les livres

Blog pour une littérature cyborg...
De plus en plus, de la veille technologique et prospective à laquelle je me consacre en permanence sur le sujet, bien précis, de l'évolution des dispositifs et des pratiques de lecture, se dessine et se précise un horizon temporel où il sera un jour possible aux lecteurs d'émigrer dans les histoires qu'ils liront, et également, mais à plus long terme alors je pense, aux personnages imaginaires des fictions de rejoindre notre monde et de se mêler à nous.
 
Postuler aujourd'hui, en 2015, la possibilité à moyen terme (50-70 ans) pour des êtres humains de voyager dans des univers parallèles fictionnels peut sembler relever de la plus pure science-fiction, mais il n'en demeure cependant pas moins évident que l'évolution actuelle du monde dit occidental ne permet plus d'envisager raisonnablement l'avenir de la lecture sur les rythmes et les modèles de son passé.
Pour l'instant, je resterai encore discret sur mes domaines d'investigation relatifs à ce sujet précis du "voyage dans les livres". Je dirai seulement que plusieurs éléments concordants m'incitent à penser qu'aucun dispositif exogène d'assistance à la lecture (tablettes évidemment, mais aussi casques à réalités virtuelles et à hologrammes, etc.) ne pourra nous permettre un jour de réellement progresser dans la connaissance des territoires de l'imaginaire, dans l'exploration et l'exploitation des ressources spatio-temporelles et affectives de l'espace mental du lecteur de fictions.
Je pense que la mutation de la lecture ne se joue pas au niveau de la métamorphose des supports et des dispositifs, mais qu'elle serait à rechercher du côté des technologies de bioconversion (au niveau des nanobiotechnologies et du neurocognitif, etc.).
 
Le cas Geneviève Dixmer / Pierre Bayard
 
Le monde de l'édition, autant finalement que celui des technologies contemporaines, semble bien peu soucieux d'accroître ses connaissances sur cette activité complexe qu'est la lecture, qui nécessite la maîtrise et la coordination d'opérations à plusieurs niveaux : neurophysiologique, cognitif, affectif, argumentatif et symbolique.
L'exemple du récent opus signé Pierre Bayard aux éditions de Minuit en témoigne à sa manière.
Intéressant et plaisant à lire, il n'en demeure pas moins que cet ouvrage se déploie dans la lignée de celui de 2013, Aurais-je été résistant ou bourreau ?, et non pas dans celle de celui de 2014, titré : Il existe d'autres mondes, et que, pour un prospectiviste du livre et de la lecture, cela est regrettable. 
L'essai de Pierre Bayard, malgré sa promesse, ne révèle pas comment véritablement "entrer dans un livre".
A noter toutefois qu'au-delà du simple jeu littéraire donc, on découvre en fait à sa lecture une excellente mise en pratique des propos de Frédérique Leichter-Flack (Le laboratoire des cas de conscience), une approche originale, didactique et illustrée par les dilemmes mis en évidence dans le roman de Zola, et qui pose clairement le débat entre une "éthique des principes", et, une "éthique des conséquences". Rien que pour cela ce livre devrait être lu.
 
La réalité est un mille-feuilles. Pour le constater une nouvelle fois il suffit de se reporter aux nombreux éléments historiques dont nous disposons, et qui sont souvent plutôt contradictoires selon les sources. Par exemple, ceux concernant le sieur Alexandre Dominique Joseph Gonsse de Rougeville, dit le marquis de Rougeville et rebaptisé par Dumas "le Chevalier de Maison-Rouge", et concernant aussi ce fameux "Complot de l'œillet". Il suffit de lire (ou de relire comme je l'ai fait) le roman d'Alexandre Dumas (Le Chevalier de Maison-Rouge), la pièce de théâtre qui en fut tirée, puis de visionner le feuilleton télévisuel de 1963 qui émut tant (le feuilleton pas le livre, notons-le au passage) Pierre Bayard dans sa jeunesse (disponible sur ina.fr).
Dans ces récits parallèles devait se trouver la faille pour entrer dans l'histoire, quitte à la réécrire, un peu sur le modèle des fanfictions.
 
En se contentant d'une simple identification au personnage principal du roman, à la figure du héros, Pierre Bayard, à mon avis et d'après mes expériences personnelles, ne prend pas beaucoup de risques et ne fait guère avancer le schmilblick.
Même si l'ultime fin de son essai, habile, je le reconnais volontiers, revient effectivement à sauver Geneviève Dixmer, ce dont le héros romanesque avait lui été incapable, nous ne pouvons pas véritablement parler d'un passage de l'autre côté du miroir, mais seulement d'un plaisant exercice littéraire.
L'auteur ne suit guère les quelques exemples de métalepses (stratégies narratives par lesquelles un récit fictionnel peut dépasser ses propres limites spatio-temporelles) qu'il expose pourtant dans son premier chapitre comme étant des : "dispositifs de passage entre les mondes réels et fictionnels". A suivre...
 


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