mercredi 11 avril 2012

y aura-t-il encore des librairies en 2042 ?

Je me suis demandé cette nuit ce que j'aurais écrit il y a quelques jours si le texte que l'on m'avait demandé avait été, non pas : La bibliothèque en 2042, mais : La librairie en 2042.
Y aura-t-il encore des librairies en 2042 ?
Malheureusement je crains que non.
  
Et je ne comprends pas pourquoi les libraires se laissent conduire à l'abattoir comme des moutons.
A croire que, comme pour les autres secteurs économiques, les instances dites représentatives, syndicats et autres, n'ont pour fonction principale que de canaliser le mécontentement pour éviter qu'il se retourne contre les responsables.
 
Que se passe-t-il en fait ?
D'abord, qui est réellement à la cause des difficultés que connaissent depuis plusieurs années les libraires ? Est-ce vraiment le secteur du numérique ?
Ensuite, ce qui est cependant aujourd'hui indéniable, c'est bien le fait que des acteurs de l'industrie numérique des loisirs détournent le passage de l'édition manuscrite à l'édition numérique à leur profit, pour transformer les lectorats en audience, c'est-à-dire en un public passif.
Et pourquoi ?
Pour lui diffuser de la publicité tout simplement.
Ces acteurs ramènent le web à un nouveau média de masse encore plus puissant que la télévision qu'ils vont bientôt engloutir (avec la "télé connectée").

Il faudrait aujourd'hui (re)concevoir la lecture (et donc en partie le marché du livre, tant imprimé que numérisé, voire numérique) comme un acte de résistance, l'exercice revendiqué d'un libre choix désincarcéré de l'industrie des loisirs.

Que font les libraires ?

Pourquoi, par exemple, ne pas organiser une journée librairies closes avec une protestation vive et un sit-in carrefour de l'Odéon ?
Comment se fait-il que le texte de Richard Stallman : Les e-books et leurs dangers, ne soit pas déjà placardé dans toutes les librairies de France ?

"... Des technologies qui devraient nous conférer davantage de liberté sont au contraire utilisées pour nous entraver.
Le livre imprimé :
  • On peut l’acheter en espèces, de façon anonyme.
  • Après l’achat, il vous appartient.
  • On ne vous oblige pas à signer une licence qui limite vos droits d’utilisation.
  • Son format est connu, aucune technologie privatrice n’est nécessaire pour le lire.
  • On a le droit de donner, prêter ou revendre ce livre.
  • Il est possible, concrètement, de le scanner et de le photocopier, pratiques parfois légales sous le régime du copyright.
  • Nul n’a le pouvoir de détruire votre exemplaire.
  •  
Comparez ces éléments avec les livres électroniques d’Amazon (plus ou moins la norme) :
  • Amazon exige de l’utilisateur qu’il s’identifie afin d’acquérir un e-book.
  • Dans certains pays, et c’est le cas aux USA, Amazon déclare que l’utilisateur ne peut être propriétaire de son exemplaire.
  • Amazon demande à l’utilisateur d’accepter une licence qui restreint l’utilisation du livre.
  • Le format est secret, et seuls des logiciels privateurs restreignant les libertés de l’utilisateur permettent de le lire.
  • Un succédané de « prêt » est autorisé pour certains titres, et ce pour une période limitée, mais à la condition de désigner nominalement un autre utilisateur du même système. Don et revente sont interdits.
  • Un système de verrou numérique (DRM) empêche de copier l’ouvrage. La copie est en outre prohibée par la licence, pratique plus restrictive que le régime du copyright.
  • Amazon a le pouvoir d’effacer le livre à distance en utilisant une porte dérobée (back-door). En 2009, Amazon a fait usage de cette porte dérobée pour effacer des milliers d’exemplaires du 1984 de George Orwell.
Un seul de ces abus fait des livres électroniques une régression par rapport aux livres imprimés. Nous devons rejeter les e-books qui portent atteinte à nos libertés." (Extraits).

Il ne s'agit pas de refuser ou de s'opposer au passage de l'édition manuscrite à l'édition numérique, MAIS, de s'opposer à ce qu'il soit détourné au seul profit de quelques industries américaines.