samedi 28 avril 2012

Semaine 17/52 : CETTE SEMAINE JE ME SUIS FAIT INSULTER PAR UN ÉDITEUR !

Durant l’année 2012 j’ai décidé de publier ici même chaque semaine un billet exprimant mon ressenti personnel sur la semaine précédente, dans la perspective, bien évidemment, des problématiques de la prospective du livre et de l’édition.
Ce post est donc le 17/52.
    
Cette semaine j’ai été insulté à mots couverts, mais vraiment insulté malgré tout (vous allez voir, et puis profitez bien de ce 17e opus car je ne sais pas s‘il y en aura un 18e !), insulté donc par un éditeur (un directeur de collection en fait, à la place de l’éditeur d’ailleurs je m’interrogerais sur l’image que véhicule de ma maison un tel monsieur donneur de leçon !), insulté donc pour avoir osé prétendre à un à-valoir d’un montant équivalent à ceux que j’ai pu percevoir au début des années 2000, et ce s’agissant d’un essai de vulgarisation grand public sur les mutations du livre et de la lecture, c’est-à-dire d’un sujet complexe, en pleine évolution et sur lequel on ne pourrait en aucun cas prétendre qu’il s’agirait simplement et stupidement, pour reprendre les termes de ce monsieur : “d’accumuler et de trier des matériaux”.
      
Un baromètre trop optimiste
  
Il est vrai que pour ce monsieur un tel ouvrage doit pouvoir s’écrire en deux semaines « à raison de 4 ou 5 heures par jours ». Il me suffirait en somme de suivre ses conseils : de me lever tous les matins, sept jours sur sept à cinq heures, d’écrire jusqu’à neuf heures, « ainsi il s'agit d'écrire 5 pages par jour ce qui n'est pas la mer à boire » me dit ce brave homme, puis après… : « d’aller au boulot pour gagner [ma] croute ».
  
Le travail d’analyse et de réflexion n’a aucune valeur pour ce monsieur. Il s’agit juste d’épicerie, de fournir rapidement un produit juste bon pour des lecteurs a priori considérés comme des cochons de consommateurs-acheteurs de livres. Et le voilà donc d’inciter l’auteur à se servir ensuite de ce livre forcément mal torché pour, je cite : « construire du chiffre d'affaire en conférences, séminaires, consultances, etc. ». Mais l’auteur ne doit surtout pas s’attendre à gagner de l’argent avec son travail « qui est un investissement ».
  
Que je veuille prendre le temps d’un travail de qualité et que je veuille juste survivre modestement pendant ce temps et la conclusion de ce monsieur est alors simple : je suis chercheur et consultant indépendant, donc je suis sans emploi et donc je cherche à escroquer un pauvre et brave éditeur de quelques mois de salaires. CQFD. Pauvre abruti va ! (Je note au passage les références au sacro-saint salariat. On n’aime pas le marronnage surtout quand il porte un nom pas très français comme Soccavo !).
    
La réaction, les propos et les allusions méprisantes de ce monsieur, qui n’a apparemment aucune idée des dispositions légales d’un contrat d’édition (alors qu’il s’agit d’un petit groupe éditorial et d’une maison fondée dans les années 1920), mais aussi des témoignages et des confidences que je recueille depuis des années, les échanges au sein du Collectif Le droit du serf sur Facebook, m’enlèvent toute illusion : le Baromètre des relations auteurs/éditeurs de la Scam (Société civile des auteurs multimédia) est bien trop optimiste. Il ne reflète pas la réalité. Il ne prend en compte que les déclarations d’un nombre relativement peu élevé d’auteurs et, surtout, ne considère pas les relations en amont de la signature du contrat d’édition : les rebuffades et les humiliations que les auteurs doivent subir ne sont pas prises en considération, seuls les aspects financiers contractuels sont raisonnablement pris en compte.
Cling ding bing bing… (C’est le bruit des petits sous !)
Mais je vous le dis moi : en vérité il n’y a pas de respect au cœur de l’interprofession, et c’est grave.
  
Deux autres points aussi :
- Avec la bascule d’une partie au moins du marché du livre de l’édition imprimée à l’édition numérique il va y avoir une période de flottement et de dérégularisation propice à toutes les dérives : mon imagination est peut-être ici prise en défaut mais je ne vois que l’instauration d’agents littéraires pour éviter… pour éviter quoi en somme ?
- Il faudrait également que les sociétés de gestion de droits et les organisations censées représenter et défendre les droits des auteurs soient moins complaisantes vis-à-vis de ceux qui font tourner les manèges de l’édition.
(La relève est peut-être du côté de collectifs plus informels comme Le droit du serf ?) 
  
Pourquoi me laisserais-je insulter par un directeur de collection ?
 
J’en appelle à la dignité des auteurs ! Ne vous laissez pas mépriser ! Restez dignes ! Ne soyez pas prêt(e)s à tout pour être publié ! Refusez que votre travail soit votre unique rémunération !
 
Dans mon dernier mail, celui où je réponds aux propos que j’ai sommairement rapportés ici, je remets ce monsieur à sa place, à savoir une place à laquelle je ne veux pas être : « En conséquence de quoi je refuse catégoriquement de publier cet ouvrage dans votre collection et ce quelles que soient les conditions que vous pourriez maintenant me proposer. Je regrette vivement de m’être adressé à votre maison et vous assure que je m’en préserverai bien à l’avenir, tant comme auteur que comme lecteur.
Dans ces conditions je préfèrerais également que nous en restions là. Je ne vois pas l’utilité de nous faire perdre réciproquement notre temps et d’échanger ensemble des propos discourtois. »
C’est moi qui refuse d’être édité dans une telle maison et pas leurs gens qui refusent de m’éditer. Vous comprenez ? 
  
A partir du moment où je demandais un à-valoir j’étais un voleur ! En discuter entre personnes honnêtes ? Négocier le montant ? Chercher un commun accord ? Que nenni ! Mon outrecuidance à oser refuser les : « huit cents euros mais pas plus ! » m’a déjà valu un camouflet par mail (on n’arrête pas le progrès décidément !).
Ces gens-là font la couche d’Amazon.
En ne pensant qu’à se faire du fric, ces gens là commencent à se faire du fric sur le dos des auteurs, avant de s’en faire sur celui des libraires et des lecteurs.
« Faut vous dire Monsieur / Que chez ces gens-là / On ne cause pas Monsieur / On ne cause pas on compte ! » (Jacques Brel, 1966).