vendredi 25 septembre 2015

Les Cyber-lectrices sauveront-elles le monde ?

En ces temps de transition il me faudrait peut-être d'abord éclairer la notion de bibliocène et ce qu'elle libérerait comme espace de réflexion par rapport à un anthropocène qui reste contraint dans le carcan idéologique de l'anthropocentrisme triomphant.
Mais peut-être avancerons-nous plus tard sur ce chemin piégé.
Je voudrais juste ici avancer quelques idées sur les possibles impacts du transhumanisme et de la convergence NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Intelligence artificielle et neurosciences Cognitives) sur l'émergence de nouvelles voies pour la lecture. 
 
Nous sommes tous habités par un sentiment d'identité profonde, la certitude, la connaissance d'être et de demeurer, depuis notre naissance et au cours des années, la même personne unique bien distincte des autres, des contextes et des environnements multiples dans lesquels nous évoluons, et, dans la mesure de notre volonté, d'être aussi l'auteur original de nos pensées.
Cette conscience de soi est cependant de plus en plus fragilisée par la spectacularisation du monde, sa ludification, l'artificialisation numérique et multimédiatique, avec lesquelles il peut être de plus en plus difficile de différencier clairement ce qui est réellement soi de ce qui est un déguisement ou un uniforme imposés.
De plus en plus les mondes fictionnels, qui nous sont proposés comme des dérivatifs jouant le rôle de soupapes de sécurité, nous objectivent, dans la mesure où nous les objectivons par nos pratiques de lecture.
 
Des Amazones aux Fictionautes...
 
Considérant que la grande majorité des lecteurs de fictions littéraires sont des lectrices, la probabilité qu'elles constituent demain l'élite d'un futur bibliocène est élevée.
Les avancées actuelles dans les secteurs des intelligences artificielles et des réalités virtuelles en 3D, ces simulations informatiques d’environnements imaginaires au sein desquelles les lecteurs pourront s'immerger, élargissent en effet le répertoire des possibles.
Par exemple, pourrions-nous imaginer un jour un catalogue de créatures artificielles pouvant prendre en charge la personnalité du lecteur le temps d'un voyage (d'une lecture) ?
Les recherches en cours, mes observations, mon travail de veille sur le Métavers depuis 2006 et depuis 2000 en prospective du livre, puis au sein du Collectif i3Dim (L'Incubateur 3D immersive) et de la plate-forme EVER (Environnement Virtuel pour l'Enseignement et la Recherche) de l'université de Strasbourg, me forcent à envisager le lecteur du futur comme une créature artificielle voyageant dans les univers parallèles des fictions
Ces créatures-lectrices développeront de nouvelles capacités de perceptions émotionnelles et d'empathie. Elles seront à la fois la projection et en interaction avec les internautes qui les piloteront mentalement à distance depuis le monde "réel". Elles seront aussi, pour leur plus grand enrichissement expérientiel, en interaction avec les avatars fictionnels des univers littéraires qu'elles exploreront.

Envisager cela ne relève pas de la science-fiction. C'est un (modeste et rapide) exercice de futurologie. Face à l'envahissement des fictions et des technologies (de la science et de la fiction finalement) il est aujourd'hui légitime, et même urgent, de se demander en quoi un courant de pensée comme le transhumanisme pourrait, par ses applications pratiques et leurs effets dans la société, percer des portes entre le monde réel et les mondes fictionnels.