samedi 15 décembre 2012

Retour sur la conférence de Florian Forestier sur l'écrit et la spatialité

Très intéressante conférence hier soir sur la plateforme de web 3D immersive Francogrid, au sein de l'incubateur MétaLectures, que j'y ai lancé en janvier 2012.
Florian Forestier, docteur en philosophie, membre du CEPCAP (Centre d'études de la philosophie classique allemande et de sa postérité) de la Sorbonne, et chargé de collection à la BnF, nous a en effet entretenu durant une petite heure du thème suivant : "L'élargissement de l'ordre des livres : l'urbanisme comme modèle".
Ce sujet l'a conduit à aborder la question de l'hybridation du réel et du virtuel, phénomène pour le moins singulier que nous sommes de plus en plus nombreux à expérimenter au quotidien sur Francogrid en général et MétaLectures en particulier, pour ce qui concerne l'exploration de nouvelles formes de médiations autour du livre et de la lecture.
Personnellement j'en avais fait l'expérience pour la première fois en 2007, avec une conférence au sein de la Bibliothèque francophone du Métavers.

Elargissement de l'ordre des livres...
 
Extraits de la conférence de Florian Forestier, qui fut suivie par une quinzaine d'internautes avatarisés de la France entière et en vidéo live streaming par quelques dizaines d'autres (lien vers la captation vidéo) et fut prolongée avec de riches échanges entre l'auditoire et le conférencier :
 
" Cette conférence est composée à partir de deux articles que nous avons écrits : « L’élargissement de l’ordre des livres », publié dans la revue Argus, décembre 2012, et « Internet comme espace urbanisé », en attente de publication.
 
Où va le livre ?
  
Dans la continuité des travaux de Leroi-Gourhan, un certain nombre de penseurs contemporains, dont, particulièrement, Bernard Stiegler, comprennent le développement humain comme une extériorisation progressive de la mémoire. Une des fonctions du livre-objet a été de participer à ce processus de « domestication » collective de la mémoire. Le livre-objet servait ainsi de processus de stabilisation et d’extériorisation d’une mémoire fortement dépendante des opérations de la pensée humaine, donc fragile, et exigeant des processus de transmissions rigides. Roger Chartier évoque, à ce sujet, un « ordre des livres », amorcé avec la mise en place du codex dans les premiers siècles de notre ère et renforcé par l’invention et la généralisation de l’imprimerie. [...]
 
La finitude du livre
 
Des formes symboliques comme le livre-objet, en d’autres termes, ne sont pas seulement des outils cognitifs. Elles participent plutôt à l’inscription matérielle du rythme de la pensée se cherchant, se retenant, se contrôlant, s’affinant. Elles matérialisent l’excès de la pensée sur ce qu’elle peut retenir d’elle-même – excès qui n’est que l’autre face de l’inscription et de l’appartenance de la pensée au monde. Au-delà de certaines caractéristiques de la matérialité spécifique du livre-objet (la relation quasiment insécable entre le texte et le support), c’est bien à l’organisation fondamentale d’une forme de vie que celui-ci participe. [...]
 
Le livre et la ville
 
... la question de l’élargissement du livre au-delà du livre est également celle de l’architecture. La problématique du déplacement de l’ordre des livres recoupe la très intéressante réflexion menée par un certain nombre de philosophes contemporains sur l’architecture en tant que dimension fondamentale de la constitution d’une expérience comme expérience humaine. Le déploiement de la pensée, s’avisent ces derniers, est spatial aussi bien que temporel. Ainsi, « l'architecture est une condition de possibilité de la fiction, et, sans doute, du dire et du penser en général. », écrit Benoît Goetz, qui, dans la filiation de Heidegger et Derrida, lie même de façon indissociable pensée et spatialité. L'architecture est mise en œuvre d'horizons de sens : en cela elle est « condition de possibilité », lieu d'articulation des dimensions de sens qui traversent l'expérience. [...]
  
L'espace et la métaphore urbaine
  
La ville est un modèle fécond sur au moins deux plans. Tout d’abord, parce qu’elle constitue un exemple de système complexe et évolutif « non-borné » ; ensuite, parce qu’elle permet de penser de façon originale et pertinente à notre époque la mise en œuvre d’horizons de sens au sein d’un espace générateur.
La métaphore urbaine est une façon de penser sans la réduire la complexité des univers de l’information, mais également de comprendre que cette complexité se traduit par une structuration. [...]
 
La ville et Internet : deux espaces qui s'hybrident
 
C’est bien ici une hybridation, non seulement de l’Internet, mais du virtuel en général et du (disons) réel qui a lieu. D’une part, on interagit avec l’environnement physique comme s’il s’agissait d’un environnement virtuel, en y cliquant, y naviguant, et d’autre part le numérique vient lui-même s’inscrire dans l’espace réel au sein duquel on le rencontre comme on rencontre les autres objets. [...]
 
La patrimonialisation d’Internet : quelques observations sur le Dépôt Légal du web
 
L’évolution des pratiques liées à Internet invite à se pencher sur le statut – légal et symbolique – à accorder à cet Internet épaissis et densifié. [...] "