mercredi 8 août 2012

L'espace scriptural comme scène

J'ai décidé hier de tenter cette réduction : 33 pages ramenées à quelques lignes seulement, pour essayer de faire ressortir l'idée forte exprimée dans cet extrait ci-après donc de : La Grèce archaïque et classique - L'invention de la lecture silencieuse, sous la plume (sic) de Jesper Svenbro, première partie de l'essai collectif sous la direction de Guglielmo Cavallo et Roger Chartier : Histoire de la lecture dans le monde occidental.
Jesper Svenbro est directeur de recherche au CNRS en anthropologie de la Grèce ancienne.
Je pense être parvenu (en partie tout au moins) à mon objectif :
  
"Lorsque, vers le VIIIe siècle avant notre ère, l'écriture alphabétique fait irruption dans la culture grecque, elle arrive dans un monde qui est depuis longtemps celui de la tradition orale. [...] il semble inévitable de penser que les premiers lecteurs grecs aient pratiqué la lecture à haute voix. [...] [Le] caractère laborieux de la lecture doit alors être envisagé sous deux aspects, celui de la compétence du lecteur et celui de la présentation matérielle de l'écrit [en scriptio continua]. [...] les destinataires de l'écrit ne sont pas des lecteurs au sens strict du terme mais des "auditeurs" [...] Le public [du théâtre grec également] doit regarder et écouter. Passivement. Ce n'est pas aux spectateurs ni d'intervenir sur scène ni de lire le texte qui, absent de la scène, y régit néanmoins toute l'action. Mémorisé par les acteurs, le texte n'est pas visible au moment où il est dit. Les acteurs se sont substitués à lui, de façon à le traduire en "écriture vocale". [...] La séparation entre la scène, dont cette écriture vocale est livrée, et le public, qui écoute, est probablement assez nette pour avoir pu suggérer aux Grecs une séparation analogue entre écrit et lecteur. [...] Le lecteur qui lit dans sa tête [...] l'écriture lui semble tout simplement parler. Il est à l'écoute d'une écriture - de même que le spectateur de théâtre [...] l'intériorisation de l'espace théâtral dans l'espace écrit. Désormais, l'espace scriptural est susceptible d'être une scène [...] la lecture silencieuse, rendue mentalement possible par l'expérience du théâtre..."